NEUROSCIENCES et BILINGUISME

Marie-Madeleine Costes, référente GREF pour le GTC bilinguisme, et Jocelyne Maylin expliquent comment l’expérience du GREF en alphabétisation bilingue au NIGER, est confortée par les travaux sur les neurosciences. L’apprentissage de deux langues en simultané est un atout pour l’apprenant. Les neurosciences expliquent comment une première langue peut freiner l’acquisition ultérieure d’une deuxième langue. La simultanéité est donc à privilégier pour accroitre le potentiel de la population visée.

Lors du séminaire de Dakar, en 2016, nos partenaires nigériens ont présenté la méthode d’alphabétisation bilingue élaborée pour l’enseignement non formel par le GREF et ses partenaires.
L’objectif de ce séminaire « Améliorer les premiers apprentissages en Afrique, un défi pour la francophonie : lire et écrire en contexte plurilingue » est de répondre au défi des premiers apprentissages en lecture/écriture. Plusieurs pays d’Afrique ont fait, depuis quelques années, le choix d’une école bi/plurilingue. Les pays du Sahel, avec l’appui d’instances internationales se sont ainsi engagés pour la maîtrise des compétences des enseignements Bilingues
Au Niger, le français est la langue officielle, 5 langues ont été retenues par le gouvernement comme langues nationales, le zerma, l’haoussa, le tamasheq, le fulfulde et le kanuri. Ces langues sont adoptées pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, avec le français, selon une progression pédagogique élaborée par le GREF en accord avec le Ministère de l’Education Nationale et les enseignants.

A quel moment aborder une autre langue que sa langue maternelle ?

Stanislas Dehaene, Yann Le Cun, Jacques Girardon, Jean Pierre Changeux, et de nombreux scientifiques spécialistes des neurosciences se sont penchés sur les cas des personnes confrontées à la naissance, à l’adolescence ou à l’âge adulte à l’acquisition d’autres langues.
Il a fallu des avancées méthodologiques importantes en sciences cognitives pour mettre en évidence l’extraordinaire base de données avec laquelle chaque bébé vient au monde.
Leurs études des neurosciences aujourd’hui nous démontrent que la capacité d’apprentissage d’une langue étrangère décline faiblement au cours de la petite enfance mais périclite brutalement vers l’âge de 17 ans

  • La maîtrise de la phonologie d’une langue étrangère est l’une des premières compétences à décliner avec l’âge dès ses premières années. Un enfant est déjà moins compétent qu’un bébé de quelques mois, la capacité pour la grammaire d’une langue étrangère s’effondre à la puberté.
  • La petite enfance phase clé pour développement du mouvement syntaxique, en absence d’interactions linguistiques la Plasticité cérébrale pour cet aspect de la syntaxe se ferme vers la fin de la première année de vie.

Peut-on enseigner le bilinguisme à l’école ?

C’est déjà tard parce que certaines informations sont déjà fixées. La 2ème l langue passe alors par le filtre de la 1ère et cela introduit des distorsions.

Faudrait- il commencer à la crèche ?

Oui le plus tôt possible. Le potentiel d’apprentissage des langues décroît en fonction de l’âge et s’écroule à la puberté. Cette perte de plasticité se limite à la syntaxe et à la phonologie. Dans d’autres domaines vocabulaire, les adultes n’éprouvent guère de difficultés.

  • Les chercheurs recommandent de débuter bien avant 10 ans.
  • Dès la naissance un bébé a la capacité de reconnaître un nombre approximatif.
  • Le circuit est le même pour tout le monde. Le cerveau de l’enfant à la naissance est déjà organisé.

« Tous les enfants apprennent à lire avec une région cérébrale qui se situe au même endroit »
« Même en chinois ! C’est curieux, parce qu’il ne s’agit pas d’un alphabet, mais d’une écriture logographique, c’est-à-dire dont chaque caractère représente un mot tout entier. »
Les enfants bilingues n’ont aucun retard, au contraire, ils apprennent à sélectionner une langue et à inhiber la production de l’autre

Stanislas Dehaene : Apprendre, les talents du cerveau

Comment développer les capacités du cerveau ?

« Pour apprendre de nouvelles compétences reconvertissant dans un autre usage des prédispositions cérébrales déjà présentes, chez tous les individus, dans toutes les cultures du monde, la même région cérébrale intervient pour décoder les mots écrits… Pour apprendre de nouvelles compétences, nous recyclons nos circuits. »
L’intelligence sociale contribue à l’apprentissage rapide de la langue maternelle, grâce à la capacité exceptionnelle du cerveau de se réorganiser
L’approche de l’écrit en langue nationale, à travers différents supports, prépare à la « mécanique » de formation des mots en français et permet d’aborder plus facilement ses aspects morphologiques, syntaxiques et lexicaux car, comme l’explique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, dans son ouvrage « Les neurones de la lecture »

Les 4 piliers de l’apprentissage :

Stanislas Dehaene, suivi par d’autres scientifiques définit les 4 piliers de la lecture.

  • l’attention,
  • l’engagement actif,
  • les signaux d’erreur et de surprise,
  • la consolidation.

L’alphabétisation bilingue

  • L’alphabétisation bilingue est basée sur la valorisation des langues nationales, des cultures et le respect des acquis des apprenants ? C’est, dans un premier temps un travail de consolidation et d’enrichissement en langue locale. Cette familiarisation permet l’acquisition de connaissances et de compétences en vue d’un apprentissage efficace et adapté.
  • Les contextes sociaux et culturels, le respect des langues nationales, sont les éléments de base d’un enseignement bilingue Il n’est réalisable qu’avec la collaboration étroite des enseignants et des autorités concernées.
  • Dans un pays où le français n’est plus parlé, si ce n’est par l’élite, il me semble primordial de mettre en place un enseignement de très grande qualité aussi bien en langue nationale qu’en français. Cela suppose la nomination, dans les écoles sélectionnées pour une expérience bilingue, d’enseignants ayant acquis les compétences requises pour la maîtrise de cet enseignement

Les étapes de l’articulation langue nationale/français dans la progression pédagogique s’établissent selon la programmation des autorités compétentes et selon le mode d’enseignement, primaire ou non formel. USAID avec un programme d’assistance technique important cible les premiers apprentissages en langue nationale mais note ce qui me semble un facteur de réussite dans un enseignement bilingue, l’articulation entre les 2 langues.

Les langues d’enseignement.

De fait, si la plupart des centres d’alphabétisation sont fondés sur les langues dominantes (exemple : Haoussa et Zama, tamasheq ,fulfulde au Niger), l’essentiel de la post-alphabétisation (notamment dans les centres de formation professionnelle) se fait en français rendant ainsi souvent incontournable une alphabétisation bilingue.

Repenser l’alphabétisation : des repères.

Les faiblesses actuelles en matière de développement de l’alphabétisation dans le monde sont connues et identifiées. Il est incontestable que l’efficacité des stratégies développées est aujourd’hui un sujet de préoccupation essentielle pour saisir la compréhension d’un phénomène majeur : pourquoi encore 750 millions d’adultes analphabètes et 123 millions d’enfants ou adolescents non scolarisés ?

Bilinguisme, plurilinguisme,

Les apprenants évoluent dans des milieux linguistiques divers, souvent plurilingues (zones rurales, villes où la langue de la région est la seule)
Les acquisitions des participants en langue maternelle vont faciliter les apprentissages des bases phonétiques, linguistiques et syntaxiques du français.
Toutefois cette démarche bilingue reste un objectif que nous n’atteindrons que si tous les acteurs de cet ambitieux projet, acquisition en langue nationale et en français des fondamentaux, permet à tous d’accéder à un niveau culturel satisfaisant.

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