Le bilinguisme atout pour l’Afrique

Le séminaire Dakar 2016 intitulé « Améliorer les premiers apprentissages en Afrique, un défi pour la Francophonie : lire et écrire en contexte plurilingue » a souhaité s’inscrire dans la continuité des propos du président Abdoulaye Wade, lors de l’ouverture du forum « Dakar 2000 » sur l’éducation. Il  indiquait déjà la place que devraient prendre les langues nationales dans le système éducatif : « Si vous pensez que nos discussions vont mettre en lumière une nouvelle approche, si vous pensez que la problématique de l’éducation doit avoir de nouvelles dimensions dont le préscolaire et l’éducation des adultes par les langues nationales, si vous pensez que le défi n’interpelle pas seulement les gouvernements mais toutes les couches de la population pourquoi ne pas sceller notre foi et notre vision dans ce que nous pourrions appeler la déclaration de l’appel de Dakar »

Pour répondre au défi des premiers apprentissages en lecture et en écriture, plusieurs pays d’Afrique ont fait, depuis quelques années, le choix d’une école plurilingue qui permet d’articuler l’apprentissage des langues africaines maternelles et de la langue française. Les problématiques abordées lors du séminaire sont essentielles, les outils facilitent l’approche du multilinguisme. Dans cette orientation, la méthode  élaborée par le GREF et ses partenaires et en application depuis plusieurs années est la base rigoureuse qui donne accès à la lecture et l’écriture en langue nationale comme  en français. C’est la trame sur laquelle s’appuient les enseignants.

Les  neurosciences apportent un éclairage nouveau dans l’acquisition de la lecture et de l’écriture. Les résultats d’études du cerveau d’enfants bilingues de 0 à 7 ans et ceux  d’enfants étudiant des langues étrangères plus tard, sont différents.

Le bilinguisme n’est pas l’addition de 2 langues dans le cerveau de l’apprenant. Il s’agit plutôt de la construction d’une capacité linguistique à 2 volets.

L’équipe du GREF confrontée au plurilinguisme dans un contexte qui rend l’approche de la lecture et de l’écriture problématique a élaboré une méthode bilingue mise en place au  Niger au cours des formations de 2012 à 2015.

Cette Méthode d’Alphabétisation Bilingue consiste à étudier la langue maternelle, compréhension et expression orales avec en parallèle une sensibilisation à la langue française. L’apprenant doit progresser dans les deux langues, en lecture et en écriture.

Les principes en sont:

1 – En langue maternelle

  • Écouter et comprendre les textes en langue maternelle lus par l’enseignant.
  • S’exprimer en langue maternelle avec des phrases construites.
  • Étudier l’alphabet (jeux)
  • Entendre et mémoriser les sons dans des mots et des phrases. (comptines)
  • Lire et écrire ces sons (phonie-graphie)
  • Lire et écrire les mots rencontrés dans les textes.

2 – En français

  • Familiariser les élèves avec une langue étrangère par des dialogues simples de la vie quotidienne L’accès au sens doit être facilité.
  • Après l’étape de compréhension et d’expression orales on suivra la progression pédagogique de l’acquisition du français.
  • Étudier l’alphabet en français
  • Entendre et mémoriser les sons isolés, dans des mots et des phrases.
  • Lire et écrire ces sons
  • Lire et écrire les mots rencontrés dans les textes.

Les contextes sociaux et culturels ainsi que le respect des langues nationales sont les éléments de base pour la mise en place d’un enseignement bilingue. Ce bilinguisme n’est réalisable qu’avec la collaboration étroite des enseignants et des autorités des différents pays. Il implique la maîtrise par l’enseignant de la langue maternelle des élèves de la classe et du français à l’oral mais aussi à l’écrit.

La langue des élèves est la langue de communication, de compréhension qui va faciliter leur épanouissement et l’accès à une langue étrangère. Cependant il est incontestable que l’apprentissage d’une langue étrangère n’est pas un obstacle à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture mais une ouverture vers un développement individuel.

Le très faible taux d’alphabétisation en Afrique des enfants, des jeunes et des adultes (en particulier chez les femmes) pourrait être considérablement amélioré si les connaissances des scientifiques étaient  prises en considération pour l’éradication de ce fléau. La  voie  avancée par les scientifiques, la même quelle que soit la langue, pour l’acquisition  des voyelles, des sons,  des syllabes et des mots des structures de phrases, donc de la lecture et de l’écriture comme l’affirme Stanislas Dehaene dans « Les neurones de la lecture » est  très claire. C’est cette voie que suit la méthode MBA développée par le GREF. Une voie qui pourrait faire d’un handicap (un taux d’alphabétisation chez les adultes faible) un atout en les formant massivement au bilinguisme. L’enjeu est alors de disposer des moyens de former massivement les populations. C’est le challenge que le GREF et Le Savoir Pour Tous souhaitent relever en adaptant la méthode MBA au dispositif à distance B.A.BA-TV , afin de couvrir un large territoire, en offrant la possibilité d’accéder à un service de formation basé sur les outils les plus répandus, la télévision et le téléphone mobile.

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